FAIT DU JOUR Inscription Unesco de la Maison carrée : Nîmes, dans la cour des grands !

Rédigé le 19/09/2023

Le combat d'une vie. Depuis 2001 et son installation dans le fauteuil de maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier a tissé ce rêve fou : la reconnaissance mondiale de sa ville de cœur. Les membres du Comité Unesco, réunis en session plénière à Riyad en Arabie Saoudite, ont transformé, lundi 18 septembre, son rêve en réalité. Ainsi, l’inscription de la Maison Carrée de Nîmes au patrimoine mondial de l’Unesco est désormais actée. Elle rejoint dans le Gard, le Pont du Gard, l'abbatiale de Saint-Gilles et les Causses et Cévennes à Valleraugue également classés. 

« C’est une immense nouvelle qui nous apporte beaucoup d’émotion et de fierté. Elle témoigne de la valeur universelle de notre temple antique, qui trône désormais sur une liste prestigieuse de sites exceptionnels. Cette joie, je veux la partager avec tous les Nîmois, qui nous ont toujours soutenus et que je tiens à remercier chaleureusement. À compter d’aujourd’hui, Nîmes rayonne encore plus fort en France et à l’international », se félicite Jean-Paul Fournier, quelques instants après l'heureuse nouvelle.

Jean-Paul Fournier, Mary Bourgade et l'ambassadeur français en Arabie-Saoudite lors de la 45e session du comité du patrimoine mondial de l'Unesco. • Photo DR Objectif Gard

Il a de quoi être fier. Cette aventure passionnante a frisé l'usure. Alors qu'il y a une quarantaine d'années, tous nos voisins ont obtenu des distinctions mondiales. Alors que la Ville a été retoquée une première fois, en 2018, sur l'ensemble du spectre romain nîmois. Ce long parcours pour faire reconnaître la valeur exceptionnelle universelle des vestiges nîmois connaît une conclusion enfin positive avec une première étape : le temple romain parmi les mieux conservés au monde.

« Cette décision constitue la reconnaissance tant attendue des richesses patrimoniales antiques dont la ville de Nîmes regorge. Elle vient récompenser des années de travail pour protéger, transmettre et partager l’exceptionnel héritage légué par les générations qui nous ont précédés », abonde Mary Bourgade, adjointe déléguée à l’inscription Unesco, au patrimoine antique et à la coopération internationale décentralisée.

C'est bien entendu une consécration pour Nîmes, une victoire pour le territoire. Neuvième site d’Occitanie reconnu. Mais avant tout pour la France entière. La Maison Carrée est le 51e bien français inscrit. 

La Maison carré a traversé le temps

Classé monument historique dès 1840, la Maison Carrée est un temple romain édifié du vivant d’Auguste entre 10 av. J.-C. et le tout début du Ier siècle de notre ère.

Comme l'explique la Ville, la Maison Carrée de Nîmes a connu une première campagne de restauration de 1683 à 1691, puis une seconde, supervisée par J-F Séguier, entre 1778 et 1781. Quelques années plus tard, elle est dégagée des remparts, démolis en quasi-totalité. Après la Révolution française, l’ancien temple est restitué dans un état primitif hypothétique entre 1820 et 1821 et recouvre une partie de ses caractéristiques originelles notamment son podium en pierre de Barutel.

La Maison carrée en 1851 selon Baldus. Épreuve sur papier salé à partir d'un négatif papier. • © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Entre 2006 et 2010, une restauration complète a été effectuée sous la direction d’un comité scientifique avec un architecte en chef des Monuments historiques et les services de l’État. L’ensemble des façades et décors du monument a été nettoyé et restauré, avec pour objectif la conservation pérenne des éléments tant originels que postérieurs, intégrant notamment les restaurations opérées au XVIIIe siècle. Cette campagne de travaux, qui a le plus possible préservé le Temple romain dans son état matériel d’origine, a permis de remettre en valeur la Maison Carrée dans les dispositions visibles aujourd’hui.

L’impact socio-économique attendu

La Maison Carrée de Nîmes entre désormais dans le cercle très fermé des sites mondiaux exceptionnels. Inévitablement, de par son nouveau statut, elle va générer une hausse de la fréquentation touristique. Un levier de croissance réel selon la Ville avec des retombées économiques directes et indirectes importantes dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, du tourisme qui rejailliront plus largement sur l’ensemble des commerces de l'écusson.

Selon la société de conseil indépendante Protourisme spécialisée dans le Tourisme, Loisirs et Culture, le label Unesco confère en effet une notoriété et une attractivité importantes : "Les destinations classées voient leur fréquentation touristique progresser de 20 à 50%. Cette hausse permet de générer des retombées économiques et de l’emploi pour les territoires, en accroissant l’activité des commerces, des hébergements, des sites de visite… L’effet d’entraînement pour l’économie locale est considérable."

Au pied de la Maison carrée • Photo Anthony Maurin

L'inscription a un autre atout : "Elle permet de faire évoluer l’image de la destination. Le label permet de changer de regard, de reconsidérer le paysage, l’histoire du territoire et des habitants." Mais attention, toujours selon Protourisme, "le label Unesco n’est toutefois pas une « rente » à vie. Les sites, les territoires doivent s’impliquer pour maintenir un cadre et des prestations de qualité dans le temps."

Maintenant que le site monumental nîmois est reconnu mondialement, il est l'heure de mettre en action les engagements pris. Cette inscription à l’Unesco reconnaît en effet la valeur culturelle universelle du temple nîmois. Elle oblige aussi. Un programme de valorisation est planifié jusqu’en 2026. Certaines actions ont d’ores et déjà été réalisées. Par exemple la requalification de la Cella, l’intérieur de la Maison Carrée en 2022 et la piétonisation cette année de la rue Auguste qui lui fait face. Mais c'est loin d'être fini !

Désormais, la Ville se devra de mettre sur la table les moyens nécessaires pour la sauvegarde, la valorisation et la gestion de ce patrimoine dans le temps. Le maire l'a clairement exprimé depuis Riyad même s'il était submergé par l'émotion et en larmes : "Nous serons dignes de cette décision." Une promesse faite aux Nîmois avant tout, fiers de leur maire depuis hier soir.

Jean-Paul Fournier, le maire de Nîmes devant la Maison carrée